Dans ma tête de planteuse d’arbres

Passer l’été dans le bois, vivre sur un horaire de 4 jours de travail et 1 journée de congé, passer TOUT son temps dehors, se pencher en moyenne 3000 fois par jour, faire beaucoup d’argent et chialer contre les moustiques, c’est un peu ça la vie de planteurs d’arbres!

Je suis toujours très enthousiaste quand je parle de treeplanting à mes amis, ma famille et surtout les gens que je rencontre lorsque je voyage. C’est toujours difficile d’expliquer pour quelqu’un qui n’a jamais tenté l’expérience. Petite incursion dans mes pensées et ce qui me motive à toujours planter plus d’arbres. 

Tout est une question d’attitude au planting. Bien sûr, c’est un travail exigeant physiquement, mais le vrai défi c’est d’avoir le bon état d’esprit et d’être fort mentalement tous les jours. Dompter ses pensées négatives, passer autant de temps avec soi-même ce n’est pas toujours évident surtout quand tout ne va pas comme l’on voudrait ce qui est malheureusement souvent le cas au planting. 

Bush camp
Chaque matin, j’ai cette « peur » de ne plus savoir comment planter un arbre, de ne pas être capable d’atteindre un certain nombre d’arbres pour faire un certain montant d’argent. Pourtant, après une nuit de sommeil, je n’ai pas perdu tous mes moyens. La peur de ne pas être à la hauteur selon mes attentes, celles de mon crew boss et des autres membres de l’équipe. En réalité, toute cette pression, c’est moi qui se l’impose. Pour le meilleur et pour le pire. À la longue c’est usant.

Le désir de toujours vouloir planter plus, de n’être jamais rassasier de l’argent, c’est la motivation première de tout bon planteur et des meilleurs highballers. C’est probablement un peu malsain. Il y a plus que l’argent, mais en bout de ligne c’est qui me fait avancer et donner le meilleur de moi-même chaque jour. 

Il y a beaucoup de parallèles à faire avec mon expérience comme athlète en ski de fond. Mon esprit hyper compétitif et ma discipline sont certainement mes plus grand atouts. J’aimerais bien dire ma forme physique aussi, mais ce n’est plus vraiment le cas même si certains pensent le contraire! 

Le feeling d’avoir tout donné, mais surtout d’avoir passé au travers d’une autre journée lorsque j’embarque dans le pick-up est l’un des moments forts. La satisfaction d’avoir accompli quelque chose à la fin de ma journée. C’est une vraie relation amour-haine que le planting, bizaremment on y prend goût! 

C’est répétitif comme travail mais pas abrutissant. Il y beaucoup de temps pour penser, parfois trop. Les jours ou l’on travaille le plus, c’est souvent ceux ou l’on fait le moins d’argent. L’occasion de découvrir « l’arrière-pays » et vraiment réalisé que le Canada c’est immense.

Non le planting ne met pas en forme. Il détruit le corps. Littéralement. Bien sûr, on devient plus endurant, plus performant, plus « fit » au cours de la saison, mais c’est vraiment un état de forme difficilement transférable à cause de l’épuisement qui l’accompagne. 

Il y a toujours le spectre d’une blessure qui peut venir gâcher la saison. Quelques douleurs au genou dans mes premières saisons, une tendinite au poignet l’an passé, mais malgré tout j’avais toujours trouvé le moyen de travailler sans aggraver la blessure. Ma chance a tournée la semaine dernière avec une douleur intense dans le bas du dos au niveau de vertèbres L4-L5 ou passe le nerf sciatique. Repos forcé pour une durée indéterminée alors que j’étais ces dernières semaines la meilleure planteuse que j’ai jamais été.  

Au delà du simple travail et de l’argent il y a l’expérience humaine incomparable. J’ai eu la chance de rencontrer un certain nombre de gens de diverses cultures avec des champs d’intérêts variés. C’est incroyable la richesse humaine et les expériences de vie de tous et chacun c’est à rendre jaloux! Le planting me permet de recentrer mes priorités, de simplifier ma vie et d’apprécier les petits plaisirs comme une douche chaude avec de la pression ou un lit douillet! 

On revient définitivement changé après avoir passer un certain temps dans le bois loin de la frénésie de la vie quotidienne. Fatigué certes. Tanné de planter des arbres, mais après quelques semaines que les bons souvenirs restent graver dans la mémoire et on a déjà hâte à la prochaine saison.

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2 réflexions sur “Dans ma tête de planteuse d’arbres

  1. Singey dit :

    Fear of not being able to perform up to other people’s expectations or make enough money – haha this is so true – everyday!!
    Good luck with the recovery steph – you’re up there on my list of best tree planters I have ever met

  2. lise bergeron dit :

    c’est toujours intéressant de te lire et de partager ta vision des moments que tu vis;  j’ai hâte à la prochaine lecture    Lise

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